Le lexique de l'architecture islamique pour le voyageur
Placez-vous devant un panneau explicatif à Istanbul, Fes, Ispahan ou Delhi et vous retrouverez sans cesse la même poignée de mots, orthographiés différemment à chaque fois. Une cour est un sahn sur les panneaux arabes et un avlu en turc ; une voûte en nid d'abeilles est appelée muqarnas dans la plupart des ouvrages et mocarabe en Espagne. Rien de tout cela n'est difficile dès lors que l'on sait ce que ces mots désignent, et les connaître transforme une visite : vous cessez de voir un décor et commencez à voir des choix.
Ce glossaire suit l'ordre dans lequel on découvre réellement les édifices, en allant de la salle de prière vers la cour, les surfaces et l'ensemble du complexe, pour finir par les signatures régionales qui permettent de situer un bâtiment d'un seul coup d'œil. C'est un guide de vocabulaire pour voyageurs, non une référence technique ou religieuse.
Pourquoi les mots changent au fil du voyage
La plupart de ces termes sont d'origine arabe, mais ils ont atteint chaque région par une langue différente et ont pris au passage des graphies locales. Les panneaux turcs écrivent medrese, turbe et sadirvan là où l'arabe écrit madrasa, turba et un mot courant pour fontaine ; l'usage persan et centrasiatique ajoute iwan, pishtaq et chahar bagh ; l'usage sud-asiatique apporte jali, chhatri et bagh. La translittération n'est pas normalisée, si bien qu'un même édifice peut apparaître sous les formes Suleymaniye, Sulaymaniyya ou mosquée de Soliman dans une seule et même rue.
Deuxième complication : ces termes ne sont pas toujours des synonymes exacts. Une loge soufie se dit khanqah dans une grande partie du monde islamique oriental, tekke en terre ottomane, zawiya au Maghreb et dargah en Asie du Sud lorsqu'elle s'est développée autour d'un tombeau, et chacun de ces mots porte un bagage institutionnel légèrement différent. Considérez les termes qui suivent comme des repères fiables plutôt que comme des étiquettes interchangeables.
Dans la salle de prière
La salle de prière est orientée vers la qibla, la direction de la Kaaba à La Mecque, et presque tout ce qui s'y trouve en découle. Le mur de qibla abrite le mihrab, une niche qui indique cette direction ; c'est en général l'élément le plus richement décoré de l'édifice et le premier endroit où chercher la date et le commanditaire d'une restauration.
À côté se dresse le minbar, une chaire à degrés utilisée pour le prêche du vendredi, souvent un chef-d'œuvre de bois ou de pierre sculptés. Dans les mosquées ottomanes anciennes, vous verrez aussi une plateforme surélevée sur colonnes, la tribune du muezzin, et dans certaines mosquées des premiers siècles un enclos clôturé près du mihrab, appelé maqsura. La salle elle-même peut être hypostyle, c'est-à-dire couverte d'un toit plat ou d'une charpente portée par une forêt de colonnes, comme à Cordoue et à Kairouan, ou coiffée de coupoles, comme dans la tradition ottomane.
- Mihrab : la niche qui indique la direction de la qibla
- Minbar : la chaire à degrés placée près du mihrab
- Hypostyle : une salle à colonnes multiples, l'alternative à la salle coupolée
- Manara, minare, minaret : la tour de l'appel à la prière
Cours, eau et approche
On entre dans presque toutes les grandes mosquées par une cour, le sahn, entourée d'une galerie à arcades ou riwaq. Dans les complexes ottomans, la cour s'organise généralement autour d'un sadirvan, une fontaine d'ablutions couverte qui est souvent le plus joli petit édifice du site. Dans les bâtiments maghrébins et andalous, la même fonction est assurée par un simple bassin ou une rangée de robinets le long d'un mur, et la cour peut être plantée d'orangers.
L'eau apparaît bien au-delà de la cour. Un sabil est une fontaine publique fondée comme œuvre pieuse, fréquente au Caire et souvent associée à une école coranique installée au-dessus. Un hammam est un établissement de bains, souvent rattaché à la même fondation. Dans l'art des jardins persan et moghol, le chahar bagh est un jardin en quatre parties divisé par des canaux, le plan qui sous-tend aussi bien les avenues d'Ispahan que l'écrin du Taj Mahal.
Surfaces, voûtes et ornement
Les muqarnas sont ces voûtes en nid d'abeilles ou en stalactites qui remplissent coupoles, niches et corniches d'étages de petites alvéoles. Structurelles dans certaines traditions, purement appliquées dans d'autres, elles constituent l'élément le plus reconnaissable de l'architecture islamique dans le monde entier. L'arabesque désigne le rinceau végétal souple qui couvre les surfaces, tandis que le girih renvoie à l'entrelacs géométrique d'étoiles et de polygones, particulièrement dans l'art persan et anatolien.
Le carrelage a de forts accents régionaux. Le zellige est la mosaïque de carreaux taillés à la main du Maroc et d'al-Andalus, posée en motifs géométriques serrés et qui ne monte en général sur le mur qu'à hauteur d'homme. Les carreaux d'Iznik, produits en Turquie ottomane, sont des panneaux peints célèbres pour leur bleu de cobalt et un rouge tomate caractéristique. Les édifices persans et centrasiatiques préfèrent de vastes champs de faïence turquoise et lapis sur des façades et des coupoles entières. Le stuc sculpté, les bandeaux calligraphiques en écriture coufique anguleuse ou thuluth cursive, les claustras de pierre ajourée jali en Asie du Sud et les fenêtres saillantes de bois tourné, les moucharabiehs, appartiennent tous au même répertoire.
- Muqarnas : voûtes en nid d'abeilles étagées, dites mocarabe en Espagne
- Zellige : mosaïque de carreaux taillés du Maroc et d'al-Andalus
- Girih : entrelacs géométrique ; arabesque : rinceau végétal
- Jali et moucharabieh : claustras de pierre ajourée et de bois tourné
Les bâtiments autour de la mosquée
Les grandes mosquées se dressent rarement seules. Une madrasa, écrite medrese en turc, est un collège d'enseignement, généralement bâti autour d'une cour bordée de cellules d'étudiants ; en Asie centrale et en Iran, elles se font souvent face de part et d'autre d'une place. Un khanqah, tekke ou zawiya est une loge soufie. Un turbe ou kumbet est un mausolée coiffé d'une coupole, et un sanctuaire visité par les pèlerins peut être signalé comme maqam, mazar ou dargah selon la région.
Les édifices commerciaux et civils suivent la même logique de fondation pieuse. Un caravansérail, appelé han en turc et fondouk au Maghreb, est une auberge fortifiée disposée autour d'une cour. Un bedesten est une halle de marché couverte en pierre. Un bimaristan est un hôpital historique, et plusieurs subsistent au Caire, à Damas et en Anatolie. Les Ottomans ont réuni tout cela dans le kulliye, une fondation unique associant mosquée, école, cuisine, bains et tombeau, ce qui explique pourquoi des ensembles comme la Suleymaniye occupent une colline entière.
Les signatures régionales en un coup d'œil
Une fois ce vocabulaire acquis, la plupart des édifices annoncent leur tradition en quelques secondes. Ottoman : une coupole unique et dominante épaulée de demi-coupoles, de fins minarets en crayon coiffés d'un cône, une cour avec son sadirvan et un turbe dans le jardin. Maghrébin et andalou : minarets carrés, arcs outrepassés, plafonds de bois peints ou à caissons, lambris de zellige et cours plantées d'arbres.
Persan et timouride : un pishtaq monumental, c'est-à-dire un portail rectangulaire encadré, ouvrant sur un iwan voûté, souvent au nombre de quatre autour d'une cour, avec des coupoles à double coque et d'immenses étendues de faïence turquoise. Moghol et, plus largement, sud-asiatique : grès rouge et marbre blanc, coupoles bulbeuses, chhatris en forme de kiosques sur la ligne de toiture, claustras jali et jardins réguliers. Afrique de l'Ouest sahélienne : brique de terre séchée au soleil sur ossature de bois, avec les poutres saillantes appelées toron qui servent d'échafaudage permanent pour le recrépissage annuel.
- Ottoman : coupole centrale, minarets en crayon, kulliye, sadirvan, turbe
- Maghrébin et andalou : minarets carrés, arcs outrepassés, zellige
- Persan et timouride : iwan, pishtaq, faïence turquoise, cours à quatre iwans
- Sahélien : brique de terre et poutres de toron saillantes
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un mihrab et un minbar ?
Le mihrab est une niche creusée dans le mur qui indique la qibla, la direction de la Kaaba. Le minbar est la chaire à degrés qui se dresse à côté, utilisée pour le prêche du vendredi. Le mihrab fait partie du mur ; le minbar est un meuble.
Un iwan est-il la même chose qu'un portail ?
Pas tout à fait. Un iwan est une salle voûtée ouverte sur un côté, utilisée comme espace à part entière. Le haut cadre rectangulaire qui entoure son ouverture est le pishtaq. Les cours iraniennes et centrasiatiques disposent souvent quatre iwans se faisant face.
Pourquoi les minarets sont-ils si différents d'un pays à l'autre ?
La forme du minaret suit les traditions constructives régionales plutôt qu'une règle unique. Les minarets ottomans sont élancés et polygonaux, coiffés d'un cône ; ceux du Maghreb et d'al-Andalus sont des tours à fût carré ; les exemples mamelouks d'Égypte sont à étages ; et ceux du Sahel sont des masses effilées de terre crue.
Pourquoi un même terme s'écrit-il de tant de façons sur les panneaux ?
Parce que l'arabe, le persan, le turc, l'ourdou et les langues locales transcrivent les sons différemment, et qu'aucune norme unique ne s'impose. Madrasa et medrese, turba et turbe, ou muqarnas et mocarabe sont les mêmes mots parvenus par des langues différentes.
Prêt à transformer cette lecture en voyage ? Esquissez vos journées avec le planificateur d'itinéraire et parcourez le guide de ziyârah à Médine complet.