Le patrimoine islamique de Kairouan et de la Tunisie

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Au milieu des plaines de la Tunisie centrale se dresse Kairouan, l'une des villes les plus anciennes et les plus vénérables de l'islam en Afrique du Nord. Fondée au septième siècle comme base de l'expansion musulmane à travers le Maghreb, elle devint une grande capitale du savoir, de l'artisanat et du commerce, et fut pendant des siècles considérée comme la première cité d'Ifriqiya, la région historique centrée sur la Tunisie actuelle. Sa Grande Mosquée compte parmi les monuments les plus importants des débuts de l'architecture islamique, toutes régions confondues.

Ce guide présente Kairouan et ses monuments, les replace dans le patrimoine islamique tunisien au sens large, et oriente vers les villes côtières et les liens dynastiques qui reliaient l'Ifriqiya à l'Égypte et au reste du monde méditerranéen. Il s'adresse au voyageur qui veut l'histoire derrière les murs couleur de miel, et pas seulement les photographies.

Une ville née de la conquête

Kairouan fut fondée vers l'an 670 par le commandant omeyyade Uqba ibn Nafi, qui choisit un site intérieur, loin de la côte et de ses pillards, pour en faire une garnison d'où les armées de la nouvelle foi pourraient pousser vers l'ouest à travers le Maghreb. De ce point de départ militaire, elle devint la première grande ville musulmane d'Afrique du Nord et, pendant des générations, son cœur politique et religieux.

À mesure que la région se stabilisait, Kairouan attira savants, marchands et artisans, et sa réputation de science et de piété se répandit dans tout l'Occident islamique. À une époque où les voyages étaient lents et périlleux, elle devint une destination à part entière, un lieu d'étude et, pour beaucoup au Maghreb, un foyer de dévotion tenu dans la plus haute estime après les villes saintes de l'Orient.

La Grande Mosquée de Kairouan

La Grande Mosquée, également appelée mosquée de Uqba du nom du fondateur de la ville, est le monument suprême de Kairouan et l'une des mosquées les plus anciennes et les plus influentes du monde islamique. Fondée en même temps que la ville, elle doit pourtant sa forme actuelle pour l'essentiel au neuvième siècle, lorsque les souverains aghlabides la reconstruisirent à une échelle monumentale. Sa vaste cour rectangulaire, ceinte d'arcades, ouvre sur une profonde salle de prière hypostyle dont la forêt de colonnes, en grande partie récupérées sur des édifices romains et byzantins antérieurs, conduit le regard vers le mihrab.

Au-dessus de la cour s'élève un imposant minaret carré à trois registres décroissants, souvent décrit comme l'un des plus anciens minarets conservés au monde et comme un modèle pour les tours du Maghreb et d'Andalousie. L'échelle, la pierre couleur de miel et l'ancienneté même du lieu rendent la visite inoubliable, et l'édifice a servi de modèle à l'architecture des mosquées de l'Occident musulman pendant plus de mille ans.

  • La salle de prière aghlabide du neuvième siècle et ses colonnes
  • L'un des plus anciens minarets conservés du monde islamique
  • Une vaste cour à arcades en pierre couleur de miel

Les bassins aghlabides

La dynastie aghlabide, qui gouverna l'Ifriqiya au neuvième siècle sous l'autorité lointaine des califes abbassides de Bagdad, fut l'une des grandes bâtisseuses des débuts de l'Occident islamique, et son œuvre dépassa largement la mosquée. En bordure de Kairouan s'étendent les bassins aghlabides, d'immenses réservoirs à ciel ouvert qui stockaient autrefois l'eau amenée à la ville par aqueduc, un exploit d'ingénierie hydraulique qui permit à une population nombreuse de vivre à l'intérieur des terres, dans un pays sec.

Le plus grand des bassins conservés est un vaste plan d'eau circulaire, dont la géométrie reste lisible après plus de mille ans. Avec les citernes et les canaux qui les alimentaient, ces bassins rappellent que l'âge d'or de Kairouan ne reposait pas seulement sur la foi et l'érudition, mais aussi sur la maîtrise pratique de l'eau, sans laquelle aucune ville en lisière du désert ne pouvait prospérer.

Une ville de savants et de sanctuaires

Le prestige de Kairouan tenait avant tout au savoir. Très tôt, elle fut un centre majeur de la science juridique islamique au Maghreb, et les ouvrages compilés par ses juristes façonnèrent la vie intellectuelle de l'Occident musulman pendant des siècles. La médina qui s'est développée autour de la Grande Mosquée conserve cet héritage dans ses ruelles de maisons blanchies à la chaux, ses ateliers d'artisans et ses mosquées historiques plus modestes.

Parmi celles-ci figure la mosquée des Trois Portes, du neuvième siècle, célèbre pour sa façade de pierre finement sculptée, et, en bordure de la ville, la zaouïa de Sidi Sahib, un complexe sanctuaire d'époque ottomane dont les cours resplendissent de faïences colorées et de plâtre sculpté. Kairouan est aussi réputée pour ses tapis, et la tradition du nouage à la main reste tissée dans la vie de la médina.

  • Les ruelles, les ateliers et les mosquées historiques de la médina
  • La façade sculptée de la mosquée des Trois Portes
  • La zaouïa de Sidi Sahib et ses faïences

Au-delà de Kairouan : le littoral tunisien

Kairouan est le cœur du patrimoine islamique tunisien, mais elle est loin d'en être la totalité. Dans la capitale, Tunis, la grande mosquée Zitouna ancre une médina labyrinthique de souks, de médersas et de palais, elle-même inscrite au patrimoine mondial et, comme Kairouan, centre historique du savoir. Plus bas sur la côte, Sousse conserve une médina bien entretenue avec un ribat des premiers siècles, retraite religieuse fortifiée contemporaine de la Grande Mosquée, et Monastir, toute proche, possède son propre ribat.

La côte garde aussi la mémoire des Fatimides, la dynastie qui s'éleva en Ifriqiya au début du dixième siècle et bâtit le port fortifié de Mahdia avant de partir vers l'est fonder Le Caire et gouverner de là une grande partie du monde musulman. Suivre ce fil du rivage tunisien jusqu'au Nil est l'un des plaisirs du voyage dans la région, et il rattache Kairouan à l'histoire plus vaste de l'Afrique du Nord islamique.

  • La mosquée Zitouna et la médina de Tunis
  • Les ribats de Sousse et de Monastir
  • Le port fatimide de Mahdia et son lien avec Le Caire

Notes pratiques

Kairouan se trouve à l'intérieur des terres, à une distance de route facile depuis Tunis ou les stations balnéaires, et une journée suffit pour ses principaux monuments, même si passer la nuit sur place permet de profiter de la médina une fois les cars repartis. La cour de la Grande Mosquée est en général ouverte aux visiteurs respectueux, tandis que la salle de prière se contemple depuis son seuil ; une tenue modeste est attendue, et il convient de couvrir les épaules et les genoux.

Le printemps et l'automne sont les saisons les plus agréables, les étés étant chauds à l'intérieur des terres. Emportez de l'eau, chaussez-vous solidement pour les ruelles inégales et gardez du temps simplement pour vous asseoir dans la grande cour et regarder la lumière glisser sur la pierre. Parcourez le patrimoine tunisien dans le catalogue des destinations et servez-vous du planificateur d'itinéraire pour relier Kairouan, Tunis et la côte en un seul voyage sans hâte.

Questions fréquentes

Qui a fondé Kairouan, et quand ?

Kairouan fut fondée vers l'an 670 par le commandant omeyyade Uqba ibn Nafi, comme garnison intérieure au service de l'expansion musulmane à travers le Maghreb. Elle devint la première grande ville musulmane d'Afrique du Nord et un centre majeur du savoir.

Quel âge a la Grande Mosquée de Kairouan ?

La mosquée fut fondée avec la ville au septième siècle, mais sa forme actuelle date pour l'essentiel de la reconstruction aghlabide du neuvième siècle. Son minaret carré est souvent décrit comme l'un des plus anciens conservés au monde.

Les visiteurs peuvent-ils entrer dans la Grande Mosquée ?

La grande cour à arcades est en général ouverte aux visiteurs respectueux à des horaires fixés, tandis que la salle de prière se contemple depuis la porte. Une tenue modeste couvrant les épaules et les genoux est attendue, et les horaires peuvent varier autour des heures de prière.

Que voir d'autre en Tunisie ?

Au-delà de Kairouan, la médina de Tunis et sa mosquée Zitouna, les ribats de Sousse et de Monastir, ainsi que le port fatimide de Mahdia méritent tous la visite. Ensemble, ils retracent la longue histoire islamique de la Tunisie, de la côte vers l'intérieur.

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