Le patrimoine islamique de Tombouctou et du Mali

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Peu de noms de lieux portent autant de romanesque que Tombouctou, ville devenue, dans l'imaginaire du reste du monde, synonyme d'éloignement. La réalité est plus riche que la légende : pendant plusieurs siècles, Tombouctou, sur la bordure méridionale du Sahara, là où le désert rencontre la grande boucle du fleuve Niger, fut un centre commercial florissant et l'un des sièges du savoir islamique les plus célébrés d'Afrique, ses bibliothèques emplies de dizaines de milliers de manuscrits.

Ce guide présente Tombouctou et le patrimoine islamique du Mali, de ses mosquées de terre et de sa tradition savante au commerce transsaharien qui fit sa fortune et aux manuscrits qui firent sa renommée. Il adopte un regard historique et culturel, et rappelle honnêtement que l'accès à la région est difficile depuis plusieurs années : pour beaucoup, la ville est donc un lieu à comprendre et à admirer plutôt que, pour l'instant, à visiter aisément.

Là où le désert rencontre le fleuve

Tombouctou naquit, vers le onzième ou le douzième siècle, comme campement saisonnier et point d'eau utilisé par des nomades sahariens près du point le plus septentrional atteint par le Niger. Sa position fit sa fortune : les marchandises portées à dos de chameau à travers le désert pouvaient y être transférées sur des embarcations fluviales, et inversement, ce qui faisait de la ville un point de rencontre naturel entre l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest.

Au cours des siècles suivants, elle fut intégrée aux grands empires du Soudan occidental, d'abord l'empire du Mali puis celui de Songhaï, sous lesquels, du treizième au seizième siècle, elle atteignit son apogée. À son sommet, Tombouctou était une ville considérable, cosmopolite et riche, dont les marchés et les mosquées étaient connus bien au-delà du Sahara.

L'or, le sel et le commerce transsaharien

La richesse de Tombouctou venait du commerce caravanier qui traversait le Sahara. Vers le sud arrivaient des plaques de sel gemme, taillées dans des mines du désert comme celle de Taghaza et très prisées sous les tropiques où le sel était rare ; vers le nord partait l'or des gisements d'Afrique de l'Ouest, avec d'autres marchandises, porté par les caravanes de chameaux jusqu'aux villes du Maghreb et au-delà.

L'incarnation la plus célèbre de cette richesse fut Mansa Moussa, souverain du Mali au début du quatorzième siècle, dont le pèlerinage à La Mecque vers 1324, et l'or qu'il distribua en chemin, devinrent légendaires dans tout le monde médiéval. À son retour, il encouragea la construction et l'étude, et la tradition attribue à son époque l'édification de la première grande mosquée de Tombouctou. Le commerce n'apporta pas seulement des richesses, mais aussi des livres et des savants, et c'est ce trafic du savoir qui allait donner à la ville sa gloire durable.

Les grandes mosquées de terre

Les monuments les plus frappants de Tombouctou sont ses trois mosquées historiques, Djinguereber, Sankore et Sidi Yahya, bâties dans le style soudano-sahélien caractéristique, en brique de terre crue séchée au soleil. Leurs murs sculptés et organiques, hérissés des poutres de bois saillantes appelées toron, semblent surgir du sol, et leurs formes ont façonné l'architecture de toute la région.

La plus ancienne, la mosquée Djinguereber, remonte au début du quatorzième siècle et se rattache par tradition à un savant architecte qui accompagna Mansa Moussa vers le sud. Les bâtiments de terre étant vulnérables aux pluies, les mosquées doivent être recrépies régulièrement, tâche communautaire qui lie la ville à ses monuments depuis des générations. Ensemble, les trois mosquées forment le cœur de l'inscription de Tombouctou au patrimoine mondial.

  • La mosquée Djinguereber, du quatorzième siècle
  • Les mosquées de Sankore et de Sidi Yahya
  • L'architecture soudano-sahélienne en brique de terre, aux poutres toron saillantes

Une ville de savants

La véritable renommée de Tombouctou reposait moins sur son commerce que sur son savoir. Autour de la mosquée de Sankore s'était formée une communauté informelle de maîtres, d'étudiants et d'écoles coraniques, souvent désignée dans son ensemble comme l'université de Sankore, où l'on étudiait et enseignait des matières allant de la religion et du droit à la grammaire, à l'astronomie et aux mathématiques. Des savants venaient de tout le Sahara pour apprendre et pour débattre, et les noms les plus célèbres de la ville, parmi lesquels le juriste Ahmad Baba, qui vécut à cheval sur les seizième et dix-septième siècles, étaient connus bien au-delà du Mali.

Cette culture savante rendait les livres précieux. On les achetait, on les copiait, on en héritait et on les chérissait, et un commerce important de manuscrits se développa aux côtés de celui de l'or et du sel. Posséder une bibliothèque privée devint une marque de rang, et l'accumulation du savoir au fil des siècles a laissé à Tombouctou un héritage écrit extraordinaire.

  • Le réseau savant formé autour de la mosquée de Sankore
  • Des études allant de la religion et du droit à l'astronomie et à la grammaire
  • Des savants comme Ahmad Baba, connus à travers tout le Sahara

Les bibliothèques de manuscrits

Les manuscrits de Tombouctou comptent parmi les grands trésors culturels de l'Afrique. Des dizaines de milliers, et bien davantage selon certains décomptes, subsistent dans la ville et la région alentour, conservés dans des collections institutionnelles comme le centre Ahmad Baba et dans des bibliothèques tenues par des familles depuis des générations. Ils couvrent tout le champ du savoir islamique, des copies du Coran et des ouvrages de droit et de théologie aux traités de médecine, de mathématiques, d'astronomie et de poésie, beaucoup finement calligraphiés et enluminés.

Leur survie n'a rien eu d'acquis. Lorsque des groupes armés occupèrent le nord du Mali en 2012, plusieurs milliers de manuscrits furent discrètement évacués vers la capitale, Bamako, par des habitants déterminés à les sauver, et si certains furent perdus, la grande majorité fut préservée. Ce sauvetage attira l'attention du monde sur un patrimoine que les spécialistes connaissaient de longue date, et les efforts de conservation, de catalogage et de numérisation des collections se poursuivent aujourd'hui.

Djenné et la visite aujourd'hui

L'histoire de Tombouctou appartient à un paysage plus vaste. En amont du fleuve se trouve Djenné, autre ancienne ville de commerce et de savoir, célèbre pour sa Grande Mosquée, le plus vaste édifice en brique de terre du monde, dont le recrépissage annuel est une fête pour toute la communauté. Djenné et Tombouctou furent longtemps reliées par le fleuve, et ensemble elles incarnent l'architecture de terre et le savoir islamique du Soudan occidental médiéval.

Il faut le dire clairement : une grande partie du nord du Mali, dont Tombouctou, connaît une insécurité grave depuis plusieurs années, et les voyages y sont largement déconseillés ; pour l'instant, la ville est, pour la plupart, un lieu à étudier et à apprécier de loin. Son patrimoine perdure, entretenu par ses propres habitants, et il peut s'explorer à travers l'histoire plus large de l'Afrique islamique dans le catalogue des destinations et les guides. Quand les conditions le permettront, peu de lieux au monde récompenseront davantage l'imagination du voyageur.

Questions fréquentes

Pourquoi Tombouctou est-elle si célèbre ?

Pendant plusieurs siècles, Tombouctou fut une plaque tournante prospère du commerce transsaharien et l'un des tout premiers foyers du savoir islamique en Afrique, avec de grandes mosquées et des bibliothèques abritant des dizaines de milliers de manuscrits. Son éloignement fit plus tard de son nom un synonyme du bout du monde.

De quand datent les mosquées de Tombouctou ?

La plus ancienne, la mosquée Djinguereber, remonte au début du quatorzième siècle et se rattache par tradition à l'époque de Mansa Moussa. Bâties en brique de terre séchée au soleil dans le style soudano-sahélien, les mosquées sont recrépies régulièrement et forment un site du patrimoine mondial.

Que sont les manuscrits de Tombouctou ?

Ce sont des dizaines de milliers d'ouvrages manuscrits portant sur la religion, le droit, les sciences, l'astronomie, la médecine et la poésie, conservés dans des bibliothèques institutionnelles et familiales. Beaucoup furent évacués vers Bamako pour être mis à l'abri lors du conflit de 2012, et les efforts de conservation se poursuivent.

Peut-on visiter Tombouctou aujourd'hui ?

Une grande partie du nord du Mali, dont Tombouctou, connaît une insécurité grave depuis plusieurs années et les voyages y sont largement déconseillés. Pour la plupart des gens, c'est donc, pour l'instant, un lieu à comprendre et à admirer de loin plutôt qu'à visiter.

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